Témoignage de Pierre-Louis Gauthier

Le 4 mars 2011, dans la salle de la Cinémathèque rue Jacques Bingen, Pierre-Louis Gauthier1, animateur du ciné-club de 1956 au début des années 1970, a partagé ses souvenirs des années passées à élaborer les programmations et animer les rencontres avec le public.

Ce ciné-club est né du désir de ne pas limiter l’horizon cinéma­tographique des enseignants au cinéma documentaire et éducatif. Il fallait l’ouvrir au cinéma de long métrage et de fiction, en particulier aux chefs-d’œuvre classiques, et apporter une méthodologie d’analyse et d’étude de la création cinématographique considérée comme un art. Nous étions persuadés qu’en plus d’une aide audiovisuelle, un moyen, le cinéma serait un jour un sujet, une matière enseignée dans les écoles, les lycées et les facultés. Destiné essentiellement au départ à un public d’enseignants et d’étudiants, le ciné-club s’est ouvert par la suite à une audience plus large.

L’accueil

Les spectateurs étaient accueillis en musique dans la salle – une musique si possible en rapport avec le thème de la séance –, et bien sûr chaque séance était présentée et suivie d’un débat, mené dans la mesure du possible par des professionnels du cinéma ou les réalisateurs eux-mêmes.
C’est ainsi qu’Agnès Varda, Jacques Demy, Nicole Vedrès, René Clément, Chris Marker, Marcel Gibault, Louis Daquin, Jean-Jacques Durand, Germaine Montero, Gérard Philipe, Yann le Masson ou encore Joris Ivens ont fréquenté ces séances. Raymond Bussières et Gérard Philipe ont été impliqués plus particulièrement dans la vie du ciné-club.

Les programmations

Les programmations proposaient des thèmes aussi variés que « Le fantastique et l’imaginaire » autour de l’œuvre de Jean Cocteau, « Le cinéma et la réalité sociale », « L’amour au cinéma », « Le film politique », « Jeunesse au cinéma », « Le rire », etc., mais aussi des cycles en collaboration avec les services culturels des ambassades, notamment du Canada, des États-Unis et de Pologne.
Les relations amicales nouées avec certains conseillers culturels nous ont ainsi permis des programmations assez exceptionnelles : grâce au conseiller culturel de Pologne, nous avons pu proposer pour la saison 1965-66 tout un cycle de films polonais accompagné d’une exposition d’affiches de cinéma originales ; autre exemple, la société Jean Mineur, qui nous a permis d’organiser un cycle sur le film publicitaire. Nous pratiquions aussi une formule de programmes de courts métrages à la demande des adhérents.

Les séances jeunes publics

En 1961, mon secteur d’inspection regroupait le XVIIe arrondissement, Gennevilliers ainsi que Châtillon-sous-Bagneux. Une réforme venait de supprimer le certificat d’études primaires et de mettre en place les classes de transition afin d’aider certains élèves à aborder le collège ; j’ai été amené à réaliser des émissions de télévision scolaire avec eux. En collaboration avec les enseignants, dont certains adeptes de la pédagogie Freinet, nous avons organisé les premières séances pour ces élèves dans la salle de la cinémathèque. Nous pouvions aussi présenter les émissions de télévision scolaire avant leur passage à l’antenne et les « tester » auprès de ce tout jeune public.
1. Pierre-Louis Gauthier, aujourd’hui inspecteur d’académie honoraire de l’Éducation nationale, continue ses activités dans le domaine de l’éducation comparée en participant aux recherches du Centre international d’études pédagogiques.