Affiches

La collection de la Cinémathèque rassemble 430 affiches de films des années 1940 à nos jours. Les acquisitions sont liées principalement aux activités du ciné-club : l’affiche accompagnait alors la copie du film et était, au même titre que le dossier de presse et les photos d’exploitation, un élément de promotion pour les programmations. En résulte une collection éclectique illustrant de nombreux genres cinématographiques.

• les affiches de cinéma: susciter la curiosité et l’imaginaire du spectateur

Image fixe au service de l’image en mouvement, l’affiche de cinéma doit susciter la curiosité et sensibiliser l’imaginaire du spectateur en reprenant quelques éléments caractéristiques du film. La réalisation revient à l’affichiste qui donne une interprétation du film en une image elliptique, figée et muette. Il met en avant une scène, un lieu ou un personnage auxquels sont associés des textes (le titre, le nom des acteurs…). Dans la collection de la Cinémathèque Robert-Lynen, on note les noms d’affichistes prolifiques tel que Boris Grinsson (Bons Baisers de Russie, On achève bien les chevaux, La Symphonie pastorale, Le Poison), René Ferracci (PlayTime, Cet obscur objet du désir, M. Klein, Le Désert de Pigalle), Roger Soubie (L’Héritière, Je le veux vivant), ou le duo Guy Bourduge et Guy Jouineau (Le Mécano de la General, Barry Lindon, Vol au-dessus d’un nid de coucou).

autour de 1950: un métier et des techniques en pleine évolution

Le métier d’affichiste a évolué en même temps que les techniques d’impression. Jusqu’à la fin des années 1950, la lithographie est la technique la plus fréquemment employée. Le dessin original est transposé par l’artisan lithographe sur des matrices en pierre. Le résultat se caractérise par des aplats de couleurs vives dont on garde ici de beaux exemples : L’Héritière, Cap au large, Un million clé en main.

La quadrichromie off-set apparaît en France à partir des années 1960. C’est une technique plus rapide et moins coûteuse. Elle marque le déclin du dessin au profit de la photographie. La fabrication se simplifie et la liberté créative s’étiole. Soumis aux exigences de la production, les modèles d’affiche tendent à se standardiser, principalement dans les pays occidentaux. Reste un pays où l’affiche est encore support d’une expression créative libre : la Pologne, dont un ensemble représentatif des années 1960-1970 est conservé à la Cinémathèque.

• [zoom sur]: les affiches polonaises

Au sein d’un ensemble éclectique de 350 affiches collectées à la Cinémathèque depuis l’Après-Guerre (ciné-club, dossiers de presse, dons de particuliers…), un fonds se distingue : c’est celui des affiches polonaises, peu important quantitativement (douze pièces au format 84 x 58,5 cm), mais dont la qualité esthétique et l’unité nationale sont significatives. Probablement entrée à la Cinémathèque au début des années 1970, suite aux relations cordiales établies avec les services consulaires polonais dès les années 1950, cette collection s’est enrichie à la même époque d’une centaine de courts métrages dont plus de la moitié sont des films d’animation.

l’âge d’or de l’affiche polonaise: un témoignage artistique de résistance

Toutes ces affiches sont issues de l’âge d’or de l’école polonaise qui émerge, à la fin des années 1940, autour de personnalités comme Eryk Lipinski – caricaturiste, fondateur en 1935 du journal satirique d’opposition Szpilki, dont il fut rédacteur en chef de 1935 à 195 – ou Henryk Tomaszewski – graphiste et professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie de 1952 à 1985. Les artistes, formés au sein des académies des Beaux-Arts de Varsovie ou de Cracovie, développent un style singulier, radicalement éloigné de l’iconographie propre au « réalisme socialiste » imposée par le régime soviétique depuis 1946. Les affiches, celles de cinéma en particulier, deviennent un support de résistance face à la censure et d’expérimentations artistiques faciles à diffuser. Érigées en art de rue, elles colorent après la Seconde Guerre mondiale les murs des villes ravagées par les nazis. Le plus souvent métaphoriques, les affiches sont influencées par l’art abstrait et le surréalisme, mais le traitement des couleurs et la typographie ne sont pas sans évoquer les techniques de l’affiche française de la fin du XIXe siècle.

Ici, pas de photographies (ou presque), si souvent employées par ailleurs dans les affiches européennes. Franciszek Starowsieyski crée un univers étrange et symbolique pour le premier film d’épouvante polonais Lokis (1970, Janusz Majewski) ; Maciej Hibner impose un visage impassible chaussé de lunettes brisées pour évoquer l’atmosphère mouvementée du film Abel, ton frère (1970, Janusz Nasfeter). Ailleurs les compositions en aplats colorés, figuratives ou non, illustrent fable sociale (Le Trou dans la terre d’Andrzej Kondratiuk) ou films historiques (Le Sel de la terre noire de Kaziemir Kutz ou Colonel Wolodyjowski de Jerzy Hoffman).
De nos jours les illustrateurs polonais continuent à promouvoir une esthétique singulière, à l’opposé des normes commerciales existant dans la majorité des pays occidentaux. Un modèle à retenir.

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A. C.

Bibliographie
• FUSKIEWICZ Jacek, « L’affiche polonaise de cinéma », in Image et Son – La Revue du Cinéma,
n°170-171, février 1964, p. 38-52
En ligne :
• DYDO Krzysztof, « L’affiche polonaise contemporaine » > Rene Wanner’s Poster page
• ALBERTI Andrés, « Les affiches polonaises ou l’art de l’inattendu » > Institut Jean Vigo
• LEWANDOWSKI Tadeusz A., « Les affiches polonaises » > BiFi