Collection de films

parole du film à ses utilisateurs

« Je suis en celluloïd et non pas en acier.
Ô machine ! Aie pitié de moi, je brave quatre dangers
dans une course folle parmi tes rouages.
La force implacable du moteur
m’arrache aux dents de la couronne mal engagée par une main étourdie ;
je cours alors directement à ma mort.
Si les ressorts sont trop tendus, toutes mes perforations sont brisées.
Si l’on ne me laisse pas assez de jeu dans l’engagement, je suis déchiqueté.
Si la poussière stationne à la fenêtre, je suis rayé et devant les spectateurs,
je parais honteux.
Mutilé, ne me réparez pas, mais renvoyez-moi avec tous mes membres chez moi,
je serai soigné de toutes mes blessures avant de repartir en mission.
Je fais des centaines de kilomètres dans des boîtes de fer,
je suis jeté dans les fourgons sur le côté, sur le dos.
De grâce, entourez-moi d’une bonne ficelle pour que je ne me déroule pas dans ma boîte
et pour que les cahots de la route ne me blessent pas au-delà de toute guérison.
Réexpédiez-moi rapidement, d’autres comptent sur moi.
Pensez à ces autres qui m’attendent et à mon maître qui s’inquiète.
Ne m’humiliez pas en me renvoyant sans payer mon transport
et sans m’assurer contre les risques de la route.
Je suis un délicat ruban de celluloïd,
Maltraitez-moi, j’apporte alors la déception à des millions d’êtres,
Chérissez-moi, je charme et j’instruis tout le monde. »

« Film Prayer » de A.P. Hollis, Visual Education, années 1920, traduction de l’anglais.