films fixes

Le fonds de films fixes de la Cinémathèque Robert-Lynen comporte plus de 6000 titres, soit 6000 rouleaux de pellicule 35 mm, chacun comprenant entre dix et cent photogrammes, protégés par une petite boîte en carton, en fer ou en plastique.

qu’Est-ce qu’un film fixe?

Un film fixe est un rouleau de pellicule 35mm, qui comporte des vues en noir et blanc, avec parfois de la couleur. Ces vues comportent majoritairement des photos, mais aussi des dessins ou encore des cartes de géographie, parfois accompagnés de texte. Ils étaient destinés à accompagner des cours, conférences, etc. D’apparence, on pourrait les identifier à des pellicules type Kodak, mais contrairement à ces dernières, les vues d’un film fixe sont positives et non en négatif. La création de ces films semble dater de 1923.

des conditions de fabrication méconnues

On sait encore peu de choses sur leurs conditions de fabrication, mais les génériques, lorsqu’ils sont complets, ou les contrats de production témoignent qu’un réalisateur, un dessinateur et des conseillers pédagogiques et techniques œuvraient souvent ensemble. Bon nombre d’auteurs restent méconnus, et il est rare qu’un instituteur, un illustrateur, des enfants (pour leur réflexion, leurs dessins), ou un photographe soient mentionnés.

Pas moins d’une cinquantaine de maisons d’éditions ont proposé cette nouvelle méthode d’éducation par l’image, se déplaçant dans les établissements afin de faire les démonstrations des appareils et des films. Il fallait en effet à l’enseignant un appareil de projection spécialement conçu pour s’arrêter sur chaque photogramme, tel le célèbre Pathéorama de la firme Pathé, sorte de visionneuse individuelle insérée dans un projecteur Cocorico. Un livret pouvait accompagner les films, afin d’en faciliter le commentaire. L’idée étant d’approfondir les savoirs tout en distrayant, une notice bibliographique et un accompagnement musical étaient également proposés en complément.

Une grande richesse documentaire

Les films fixes abordaient un grand nombre de sujets : la biologie, la botanique, le conte, l’économie, l’entomologie, l’histoire, la géographie, l’enseignement, l’environnement, l’hygiène, l’industrie, la médecine, la zoologie, la littérature, la vie pratique… les arts aussi, à travers la sculpture ou la peinture, où l’on prend grand soin de montrer le travail, les hommes au labeur. Cet aspect est encore plus remarquable dans les films qui proposent la découverte d’un métier comme la tannerie, l’imprimerie ou la culture des champignons.

Plusieurs maisons d’édition ont pu travailler sur un même sujet : l’agriculture par exemple est abordée dans Histoire d’un grain de blé de la maison d’éditions Filmostat, dans Le Blé, proposé par l’Office de documentation par le film, ou encore dans ce film en deux parties, nommé lui aussi Le Blé, proposé par Pathé dans une copie sépia. Tous ces films documentaires, d’une grande beauté, rappellent certains aspects du cinéma muet et le travail des grands photographes.

à l’époque, un support controversé

Les historiens s’accordent à dire que les films fixes, loin d’imposer un intérêt pédagogique évident, étaient en fait reconnus comme « sans valeur […], inutilisables » et très vivement critiqués. Le format, le sens de déroulement du film, les commentaires intégrés ou non, l’ordre des vues, la disparité de formats de boîtes – qui ne permettait pas un classement clair –, le maniement de l’appareil…, tous ces éléments semblent avoir contribué à leur déclin, et au développement des diapositives. Les enseignants, en effet, n’hésitaient pas à faire des coupes dans les films pour conserver les vues qu’ils trouvaient dignes d’intérêt afin de les insérer dans des caches de 5×5 cm parfois fournis par les maisons d’éditions elles-mêmes.
L’usage des films fixes a finalement disparu dans les années 1970. Aujourd’hui, bien que sortis de leur contexte d’utilisation, ils trouvent leur place, singulière et méconnue, dans l’histoire de l’art et de l’enseignement par l’image.

accès et diffusion

Le fonds de films fixes de la Cinémathèque Robert-Lynen est toujours en cours d’inventaire et la base de données n’est pas accessible au grand public. Toutefois, certains titres peuvent être trouvés sur le site de l’Association pour la sauvegarde des films fixes en Anjou. La plate-forme interne d’archivage de films fixes donne également une idée de l’importance des titres présents dans un fonds comparable au nôtre.

S.L.

BIBLIOGRAPHIE
Coralie Goutanier, Julien Lepage, « Le film fixe : une source à découvrir. Un exemple de sauvegarde en Anjou», Histoire@Politique. Politique, culture, société, n°4, janvier-avril 2008.
– « Le problème de l’achat des films fixes » in L’Instituteur cinéaste, n°1, oct.-déc.1949, Bulletin du Ciné-Club des instituteurs, p. 11-14
– Thierry Lefebvre, « Films safety, formats réduits, films fixes », in Cinéma-école : aller-retour, textes rassemblés par Didier Nourrisson et Paul Jeunet, Université de Saint-Étienne, 2001,
– Didier Nourrisson « Le 7eart… d’enseigner : le film fixe », ibid.
– J. Thomas, « Montages sous cadres 5×5 », Films et Documents, n°158, nov. 1960.