autochromes

Le fonds photographique de la Cinémathèque est riche de 3248 autochromes, premier procédé photographique en couleur, toutes issues du travail de l’explorateur-photographe Jules-Gervais Coutellemont, qui la constitua au cours de ses nombreux voyages à travers le monde entre 1907 et 1925.

• La collection Jules Gervais-Courtellemont

Acquise par la Ville de Paris en 1932 avec le concours de l’association Cinédocument des amis de la Cinémathèque, la collection de 5000 plaques autochromes fut diffusée, à titre documentaire, dans les écoles de la Préfecture de la Seine jusqu’à la fin des années 1930. Oubliée, reléguée dans un grenier, elle ne fut exhumée que quelque soixante années plus tard au hasard d’un rangement.

Après un premier regard sur l’état de la collection, un inventaire et une campagne de nettoyage et de reconditionnement des plaques furent mis en place grâce à l’Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Sans le soutien de cette institution, la Cinémathèque n’aurait pas eu les moyens financiers et humains pour mettre en œuvre le processus de sauvegarde de la collection. Inaugurée en 1992, cette campagne a permis de remettre en état et de reconditionner les 3248 autochromes conservées aujourd’hui, mais surtout de donner à voir cette collection rarissime.
La redécouverte de ces images a permis de mieux appréhender les pratiques pédagogiques mises en place par la Cinémathèque au cours de années 1920, leur présence au sein de cette institution témoignant de la dimension artistique de son enseignement. L’ensemble de cette collection se révèle par ailleurs un objet d’étude passionnant. La production de Gervais-Courtellemont touche une variété de thèmes (portrait, exotisme et voyage, peinture, médecine, flore et faune) et de modes de diffusion (conférences, presse illustrée, éditions…) qui sont indispensables à la recherche menée actuellement en histoire de la photographie.

Rares sont les professionnels de l’autochrome qui ont réussi à transmettre une collection aussi complète. Seul celles des Archives de la Planète (Espace départemental Albert-Kahn) constituent une entité. La collection Gervais-Courtellemont de la Cinémathèque Robert-Lynen est ainsi la seconde plus importante de France.

• Jules Gervais-Courtellemont

Idéaliste, Jules Gervais-Courtellemont (1863-1931) consacra la majeure partie de sa vie à parcourir le monde, la tête pleine de rêves mais les deux pieds bien sur terre, afin de faire partager son amour de l’Orient. Amour non sans ambiguïté, à replacer dans le contexte d’une période en pleine expansion coloniale.

« Gervais-Courtellemont fut un enthousiaste de ce qu’il trouvait beau ou bon avec son tempérament d’artiste et son cerveau d’idéaliste qui s’égarait peut-être quelquefois dans les rêves…. »

Né en 1863 à Avon en Seine-et-Marne, Jules Gervais Courtellemont a grandi dans l’espace des plaines algériennes où ses parents s’installent en 1874. Leur tentative d’implantation d’une petite exploitation agricole familiale sur le territoire algérien périclite assez rapidement, ce qui n’empêche pas Jules Gervais-Courtellemont de rester en Algérie jusqu’en 1895, année où il est contraint de quitter Alger « sans espoir de retour » après avoir entrepris un pèlerinage à la Mecque qui allait profondément marquer le cours de son existence – il venait de se convertir à l’Islam.

• La révélation des couleurs

Après avoir pratiqué la photographie sous diverses formes depuis 1880 (dont des aristotypes pris au Yunnan en 1902), Jules Gervais-Courtellemont adopte l’Autochrome Lumière dès sa commercia­lisation en juin 1907. L’utilisation de l’autochrome déclenche en lui une véritable passion, et malgré les contraintes d’utilisation – temps de pose et coût élevé des clichés – il abandonne définiti­vement la photographie monochrome.
En 1911, après de multiples expériences, il trouve les fonds nécessaires pour ouvrir le « Palais de l’autochromie » dans un immeuble situé au 167 rue Montmartre à Paris. Sous l’enseigne « Photo-Couleurs », cet établissement permet à Gervais-Courtellemont de s’adonner à ses recherches sur l’autochrome (notamment sur l’hypersensibilisation des plaques, leur reproduction, la microphotographie…)

• Les « Visions d’art »

Jusqu’en 1914, dans sa salle de la rue Montmartre qui contient 250 places, Courtellemont commente et diffuse devant des dizaines de milliers de spectateurs le fruit de ses voyages dans le cadre des projections-conférences, les « Visions d’art ». Ces spectacles, où « La foule écoute sans doute […] regarde certainement. Puis […] sort rêveuse »», sont donnés à un rythme très soutenu. Leur succès est dû à la diversité des projections, car les images changent au gré de ses voyages à travers le monde. Cette activité lui permet de constituer ce qui est considéré à l’époque comme « la plus remarquable et la plus nombreuse collection de photographies en couleurs d’après nature qui existe au monde ».

Pour découvrir plus en détail notre collection d’autochromes, rendez-vous sur notre  portfolio (bientôt en ligne.)