le bâtiment

La Cinémathèque de la Ville de Paris existe depuis 1926. Cependant, elle ne s’installe dans les locaux actuels qu’en 1948. Or, l’histoire de ce bâtiment hors du commun, situé rue Jacques Bingen dans le 17ème arrondissement de Paris, est bien plus ancienne.

• 1893-1899: Un salon littéraire

Sur le terrain vacant du 11, rue Montchanin, Madame Aubernon fait bâtir en 1893 un nouvel hôtel particulier. L’œuvre est de l’architecte Édouard Dailly, ancien élève de l’école des Beaux-Arts, auteur du Théâtre des Batignolles. Selon le registre du cadastre, c’est une belle construction en pierres et briques comprenant sous-sol, rez-de-chaussée et trois étages donnant sur la rue et sur une cour de 81m2.

Mme Aubernon y tint un salon littéraire qu’elle anima jusqu’en 1899 ; on y accédait par une porte bâtarde ouvrant sur le vestibule et une porte simple (l’entrée de service). Au rez-de-chaussée, le salon, la grande salle, une seconde salle, l’office et une chambre à feu servant de fumoir. Sa petite fille y tint ensuite un salon musical jusqu’en 1920 ; l’hôtel est alors racheté par un riche collectionneur d’art Argentin, Charles-Vincent Ocampo (1862-1945).
> en savoir plus sur le salon de Madame Aubernon

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Portrait de Madame Aubernon par Nadar (détail), 1883. À gauche le 13, rue Montchanin, juste à côté du terrain où fut installé son hôtel particulier.

D.P.

• 1899-1948: Une galerie d’art

« Plus encore que les dons d’argent et l’investissement social d’Ocampo à Paris et dans sa région, c’est bien son goût pour les arts qui inscrit son nom dans la mémoire parisienne. »
Agathe ROY, in « Charles Vincent Ocampo et sa donation de peintures au musée du Petit Palais », Mémoire de recherche de l’école de Louvre, Paris, septembre 2012.

Rue Montchanin, Charles-Vincent Ocampo rassemble une collection d’œuvres d’art où se côtoient des toiles de Boucher, Fromentin, Brueghel, Le Lorrain… Il les destine, dans un premier temps, à rejoindre les collections nationales au musée du Louvre ; devant le refus de celui-ci, Ocampo décide de donner sa collection et son hôtel particulier à la municipalité de Paris. En remerciement, il reçoit en 1931 la médaille d’Or de la Ville de Paris, décoration réservée aux grands donateurs. À l’origine, Ocampo souhaitait que soit érigé un « musée Charles-Vincent Ocampo » qui présenterait la totalité de sa collection. Petit à petit le projet est abandonné au profit de la création d’une salle Ocampo au sein du musée du Petit Palais.

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Collection Ocampo : Pierre Bruegel le jeune (Bruegel d’Enfer), Le Cortège de noces, 1623, musée du Petit Palais, Paris.

• depuis 1948: une cinémathèque parisienne

L’hôtel particulier est quant à lui destiné, dans un premier temps, à accueillir des associations de quartier ; en avril 1948 les lieux s’ouvrent à une bibliothèque municipale et à la « cinémathèque des écoles de la ville de Paris » qui obtient alors, enfin, un bâtiment totalement adapté à ses activités. Une nouvelle ère s’ouvre pour la Cinémathèque avec la création d’une salle de cinéma dans l’ancienne salle de réception de Mme Aubernon. Cette idée laisse rêveur quant au nombre et à la diversité d’auteurs entendus en ces murs.

E.D.